Dylanesque

Don'tLookBack

Lundi 8 février 2010 à 16:04

J'ai rallumé mon vieil ordinateur. J'ai retrouvé un tas de choses. Des bouts de romans que j'écrivais sans jamais les finir. 
J'ai pas envie que ça disparaisse. C'est touchant. Et puis je n'ai pas tellement changé. 
"Billy", c'est un conte que j'avais débuté durant l'été 2008, alors que je me passionnais pour les westerns et que j'écoutais en boucle la B.O. du film de Peckinpah. Ca a un peu pris la poussière, c'est maladroit, mais bon, voilà. 
Peut-être que je vous montrerais d'autres antiquités, avant que mon vieil ordinateur rende l'âme.


Billy

Billy, 20 ans, quitte le village de Iron City, dans le Midwest, pour partir à l’aventure. Sur sa route, il croisera des hors-la loi, des putains, des poètes, des déserteurs, tout un monde qui l’aidera à passer à l’âge adulte. Du Texas au Canada, de la Californie au Mexique, Billy découvrira l’absurdité d’un monde où la fatalité rôde, et où il devra redoubler de candeur et d’enthousiasme. Un conte aux allures de western, qui se passe à une époque indéterminée, dans une Amérique fantasmée, inspirée à la fois par les westerns de Peckinpah, les chansons de Dylan et les récits de Kerouac.

1. 

C’est la lumière du soleil qui me réveille, à l’aube. L’air est froid, humide. J’ai la bouche sèche et le ventre vide. Ma nuque est douloureuse, elle a passé la nuit posé sur un vieux sac en toile, oreiller de fortune. En guise de petit-déjeuner, je sors un morceau de pain, puis je me roule une cigarette. La cigarette du matin, la meilleure peut-être. Mes yeux peinent à s’ouvrir. Pourtant, j’aperçois de la fumée, de l’autre côté de la colline. Ils sont là. Plus de temps à perdre, une occasion à saisir. Après avoir rassemblé mes quelques affaires, le sac à dos sur l’épaule, je fous le camp. J’entends les trains passer. Je les vois maintenant. Des trains de marchandises. Celui-là va à l’Est, un autre part pour le Sud, et avale, dès le petit matin, des kilomètres de rails. Je dois faire un choix. N’importe lequel, pourvu qu’il m’emmène loin d’ici. Cela fait trop longtemps que je ne suis plus à ma place à Iron City, il faut partir. Pas bon de trainer dans le coin, j’ai l’impression qu’on me guète. J’écrase ma cigarette sur le sol qui m’a vu grandir, et je saute dans le premier wagon. Et me voilà en route pour le Mexique ou le Canada, je n’en sais rien, tout ce qui m’importe, c’est de pouvoir dire adieu à cette ville qui s’éveille, dans la brume d’un matin d’avril. Adieu mon enfer, ma jeunesse. Je ne reviendrais plus.

Ce jeune homme, qui prend le large à bord de son train de marchandises, c’est Billy. Le voilà embarqué dans une folle aventure, que je vais avoir l’honneur de vous raconter. Je ne suis moi-même qu’un pauvre vagabond, Jim pour vous servir. J’ai eu le privilège de partager un bout de chemin avec cette vieille canaille de Billy. Avant sa mort, il m’a légué ses carnets de routes, que j’ai soigneusement retranscrits pour vous dans cet ouvrage. Je ne manquerais pas d’apporter un éclairage historique et personnel sur cette poésie d’outre-tombe. Je vous invite à un long voyage à travers ce pays, d’Ouest en Est, du Nord au Sud, à travers les champs de coton et les déserts majestueux. Ouvrez grand vos oreilles, et venez vous évader en compagnie de Billy.

L’histoire se passe après 1850, avant 1950, je ne sais plus trop, aux Etats-Unis d’Amérique. L’Amérique, la vraie, la grande, celle qui a disparu depuis longtemps, celle qu’il fait bon de se souvenir.

Bienvenue à Iron City. Nous sommes dans le Midwest, près de la frontière canadienne. C’est une région de lacs, de rivières, avec des millions d’arbres. Une zone où Mère Nature n’en fait qu’à sa tête : l’hiver est la saison la plus longue et il peut faire jusqu’à moins vingt degrés en novembre comme en mars. Défiguré par une énorme mine à ciel ouvert, Iron City est un gros village, presque entièrement construit sur une pente, qui a connu une certaine prospérité, à l’époque de la ruée vers l’or, grâce à d’importants gisements de minerai de fer. Selon la demande, sa richesse a cru et à décru au fil des décennies. Lorsque naît le jeune Billy, cet âge d’or n’est plus qu’un lointain souvenir. Le filon s’est épuisé, les emplois se font rares et les habitants ont du mal à joindre les deux bouts. Les hivers se font de plus en plus rude, et la misère guette à chaque porte. Iron City, un trou perdu au beau milieu d’une Amérique en pleine décrépitude.

C’est dans un hôtel, à l’entrée de la ville, près des mines de fer, que naquit Billy, qui n’a jamais été foutu de me dire la date exacte. Il n’aimait pas trop parler de son enfance, d’Iron City. J’ai du moi-même aller mener mon enquête sur place, interroger les habitants et recueillir les témoignages avec minutie. J’ai retrouvé miraculeusement trace d’une personne qui a assisté à la naissance de notre héros. Betty Nash, la serveuse du Central Hotel, aujourd’hui âgé de soixante années, se souvient :
« J’étais jeune et je travaillais comme serveuse au Central Hotel. C’était mon oncle, le patron. On était en août, je crois. Jamais l’été n’avait été si chaud à Iron City. Le bar était plein de gens de passage, venu se rafraichir. Un soir, une femme est entrée. Le temps qu’il lui a fallu pour traverser la porte et approcher le comptoir, elle a attiré le regard de tous les clients. On se méfiait des étrangers à l’époque et il était rare de voir une femme errer seule dans le coin. Elle portait une robe en dentelles, sale et déchirée par endroits. Un visage triste derrière de longs cheveux blonds. Du chemin, elle avait du en parcourir, vu son allure. Une vraie bohémienne, l’air complètement perdue. Et puis elle était enceinte. M’a demandé une chambre pour la nuit, mais avant que j’ai eu le temps de lui dire quoi que ce soit, mon oncle l’a envoyé balader. Notre hôtel avait une certaine réputation, pas question d’héberger les putains de son espèce. Pas assez de classe pour qu’on l’engage comme fille de joie. Résignée, elle a fait demi-tour, sous les regards méprisants de l’assemblée. Jusqu’à ce qu’elle s’écroule sur le plancher. J’ai d’abord cru qu’elle était morte. Un médecin l’a examiné, on a dû lui louer une chambre, et l’installer son corps en sueur sur des draps blancs et propres. Je suis resté à son chevet toute la nuit. Elle a poussé des hurlements et a finalement accouché d’un garçon. Le temps que j’aille chercher de quoi emmitoufler le nouveau-né, elle était passé de vie à trépas. Pauvre femme. On savait pas d’où elle venait, qui était le père. On l’a jeté dès le lendemain dans la fosse commune. Et il a fallu s’occuper du gosse. Pas moyen que je m’en charge, j’avais assez des miens, de mon travail. Les temps étaient bien trop dur pour avoir en plus un gamin à charge. Le prêtre est venu le chercher quelques jours plus tard. Voilà, une histoire de rien du tout, comme j’en ai vu pas mal, quarante ans que je suis derrière le comptoir du Central Hotel. M’enfin je me demande parfois qui était cette femme. »
Me le demandez pas, je n’en sais rien. Pas moyen de retrouver l’identité de celle qui a donné la vie à notre héros. Elle n’a laissé aucune trace et c’est peut-être mieux ainsi. Sa misérable vie fut emporté par le vent et jamais Billy n’aura de parents.

C’est donc un homme de Dieu qui recueilli l’orphelin. Père Jack Lancaster. Issu d’une famille d’émigrés canadiens, il était une figure emblématique d’Iron City. Il avait lui-même lancé la construction de la chapelle, baptisé la plupart de ses habitants et il priait aussi bien pour les braves commerçants que pour les criminels. « Il venait déjeuner tous les jours à la même heure, avait ses habitudes dans notre établissement, m’explique Betty. Quand il arrivait, avec son costume noir et son bâton, tout le monde se calmait. Pas d’affrontements lorsque le père Lancaster mangeait son repas. La paix. Alors on le traitait bien. Mon oncle lui réservait toujours les meilleurs putains, c’était leur secret, fallait surtout pas que ça se sache. Parce qu’il avait beau être un homme d’église, le vieux Lancaster savait prendre du bon temps. Dieu ait son âme ». Cela ne l’a pas empêcher d’éduquer proprement le petit Billy. Enfin, c’était mieux que rien, quoi…

Le père Lancaster vivait dans une annexe de la chapelle, une habitation modeste, avec une chambre, une pièce de toilettes et une grande salle principale. Les murs étaient tapissés de symboles religieux et une grande bible trônait près de la cheminée. Les meubles, anciens, fabriqués au Canada, héritage maternel. Le vieux fauteuil en cuir, imprégné de l’odeur du feu de bois, où le vieillard lit à l’enfant des passages du livre sacré. Billy dort à l’étage, sur un lit qui lui causera plus tard de terribles rhumatismes, dans un grenier où s’accumulaient les offrandes des paroissiens et la poussière.

Comme il n’y avait pas d’école à Iron City, c’est le père Lancaster qui se chargea de l’éducation du jeune homme. Une éducation stricte, religieuse. L’enseignement du respect, de la générosité et de la foi. Savoir lire, écrire, compter. Lancaster préparait Billy à prendre sa relève à la tête de la paroisse, car il sentait la fin proche. De toute façon, le destin des enfants d’Iron City était tout tracé : les illettrés finiraient à la mine, les autres deviendraient commerçants de bas étage. Travailler pour Dieu était une alternative peu réjouissante pour l’orphelin. Plus il grandissait, plus il nourrissait des passions peu catholiques, et se dessinait un avenir loin de l’église. Besoin de s’affranchir de la figure paternel offert par le prêtre, de découvrir le monde à sa manière, pas à travers une vision religieuse. Trop occupé par l’évangélisation de ses concitoyens pour faire attention aux dérives de son protégé, le père Lancaster se rendit compte bien trop tard de l’évolution du jeune homme. Bientôt, Billy laissa tomber la prière et inventa milles excuses pour ne pas se rendre à l’église et prêter main forte à son père de substitution. Comment croire en Dieu à Iron City, terre froide et misérable. Il fallait être aveugle pour rester enfermé dans ce trou perdu. Mais Billy ne pouvait pas partir. Il devait tant de choses à ce vieillard, même s’il se surprenait souvent à le mépriser. Il n’avait pas un sou en poche, et ne savait même pas monter à cheval. Pas faute d’avoir essayer pourtant, mais la maladresse prenait toujours le dessus. Alors pour oublier sa frustration, il devait s’évader avec ses propres moyens. La lecture d’abord et au diable la Bible ! Ce qui passionnait Billy, c’était les romans d’aventure, les carnets de voyage, la poésie. Un univers parallèle qui l’entraînait pendant quelques illusoires minutes loin d’Iron City et de ses rudes hivers. Loin des minerais de fers, de la neige, et du sombre grenier dans lequel il passait ses nuits. Lui-même écrivait parfois, s’inventait des histoires rocambolesques, où s’affrontaient guerriers en armure et monstres des océans. On trouvait également dans ce carnet l’inventaire de ses conquêtes amoureuses : la petite Lily dont la gifle était encore douloureuse, et plus tard, Angela Moore, qu’il avait peloté dans une grange. Et la vieille Bertha, une putain du Central Hotel. Sa première expérience sexuelle, ses fantasmes d’adolescents. De la poésie teinté d’innoçence, et qui témoignait d’un constant besoin de découvertes, qu’il était dur d’assouvir dans la Cité des Mines de Fer.

Sur ces pages, il s’imaginait également des parents. Un jour il avait posé la question au père Lancaster : qui sont-ils ? Ne voulant pas décrire sa mère comme une putain qui avait rendu l’âme dans un bordel en lui donnant la vie, il était resté évasif et Billy était resté sur sa faim.
Dans ce bordel miteux, le jeune homme trouvait l’occasion d’épancher sa soif de découvertes : l’alcool, les femmes, les cigarettes que l’on roule sur un coin de table. On s’assoit au comptoir, on écoute cette chère Betty raconter les derniers scandales, comment le banquier a trompé sa femme avec la voisine, dans combien de temps les employés de la mine risquaient de se retrouver sans emploi. C’est également au Central Hotel que Billy fit une rencontre décisive : l’Irlandais. Un homme mystérieux, que l’on surnommait ainsi à cause de son accent. Un vrai cow-boy, le long chapeau vissé sur les oreilles, les chaussures pointues, les armes prêtes à l’emploi. Tout le monde le craignait sans vraiment savoir pourquoi. Son regard peut-être, le mystère qui planait autour de lui. On racontait qu’il avait tué plus de mille hommes au cours de ses voyages, qu’il avait assassiné son propre frère. Il disparaissait pendant de longs mois, et chaque hiver, il débarquait sans prévenir, commandait trois bouteilles de whisky à la brave Betty, et s’installait sous le regard inquiet des clients pour fumer ses Malboro. Des ronds de fumées sortaient de sa bouche et allaient rejoindre l’esprit bouillonant de Billy, qui voyait en l’Irlandais un modèle à suivre. Une figure paternelle bien plus enrichissante que le triste père Lancaster. Mais jamais il n’avait osé lui parler, ni même l’approcher. Que lui aurait-il dit ? Si seulement il pouvait lui apprendre à monter sur un cheval sans se casser une jambe, à savoir viser droit… Si seulement il pouvait l’accompagner dans ces voyages interminables, au Mexique, en Californie, partout. Quelques mois avant son départ, l’Irlandais avait fait une dernière apparition remarqué au Central Hotel. Betty ne l’a pas oublié : « Comment l’oublier ? J’avais une peur bleue de ce type. Un vrai bandit, il effrayait les clients. Mais comme il ne crachait pas sur la bouteille et sur les jolies femmes, on le laissait entrer. Il remplissait la caisse et tout le monde était content. Dieu sait où ou il trouvait cet argent ? Je préfère ne pas le savoir… Et puis il a fait une dernière apparition, un soir d’hiver. Le bar était plein, les chambres complètes, les vagabonds venaient se réchauffer auprès du grand poêle de l’hôtel. Soudain, un vent froid glaça le sang des clients, et un homme entra sans prévenir, faisant claquer ses longues bottes sur le plancher du saloon. L’Irlandais. Jusque là, rien de nouveau. Je lui sers une série de whisky, personne ne l’approche, rien ne l’atteint. Et puis un autre type débarque au galop, saute de son cheval et accoure lui aussi au comptoir, revolver à la main. Il ne plaisante pas, me dit qu’il veut la caisse ou il me plombe la cervelle. Les autres ne s’interposent pas, mon oncle est occupé à l’étage, alors j’obéis. Aussitôt qu’il a l’argent, il déguerpit, la mine réjouie. L’Irlandais se lève, et sans lâcher son verre, interpelle le bandit. L’autre n’a même pas le temps de réagir, il se retrouve criblé de balles. Long silence. L’Irlandais range son arme, se rassoit, et finit son whisky sans s’occuper de l’agitation qui s’ensuit. Puis, il me lance quelques billets, me dit de garder la monnaie. Il enfile son chapeau et le voilà parti, prenant soin d’enjamber sa victime, encore chaude. Plus jamais venu dans le coin depuis ce soir là. » Voilà le récit de Betty, que j’ai rendu lisible pour vous, en l’appuyant sur d’autres témoignages. Si l’Irlandais a marqué les habitants d’Iron City, il a surtout agit comme un déclencheur sur Billy. Le jeune homme était là ce soir là, il a assisté au sort tragique de ce pauvre bandit. Il a discrètement suivi son héros à l’extérieur. L’Irlandais lui a lançé un regard complice avant de s’engouffrer dans l’obscurité. À ce moment précis, Billy savait qu’il devait le suivre. Qu’il allait partir et suivre sa trace. Devenir lui aussi un homme mystérieux, qui inspire la crainte et le respect. Qui vagabonde et n’a jamais d’autre compagnie que d’éphémères rencontres. D’autre toit que le ciel étoilé. Billy le savait désormais, il devait quitter Iron City.

La nuit qui suivit, il fit ses adieux à son vieux grenier poussiéreux, laissa un mot sur la cheminée pour remercier le généreux père Lancaster, et s’enfuit sans demander son reste. La Lune éclairait Iron City, paisible et endormie. Rien ne le retenait dans le coin. Aucun parent, aucun lendemain. L’avenir se trouvait derrière les montagnes, par-delà la rivière. Un dernier regard et le village des mineurs ne fut bien vite qu’un point à l’horizon.

Si vous étiez un jeune homme à cette époque, vous aviez sans le vouloir un pied dans l’Ancien et le Nouveau Monde, tellement les choses étaient en train de changer. Deux choix possible s’offraient à vous : se laisser porter par la vague ou faire partie de la vague. Comme Billy ne fait jamais rien comme tout le monde, il a décidé très tôt de fuir la vague, avant qu’elle ne le rattrape. Le bonheur est ailleurs, il en est certain. Peut-être retrouverait-il la trace de L’Irlandais. Le voilà donc parti pour un long voyage, embarqué dans ce train de marchandises, sans savoir qu’il ne reverra jamais plus Iron City.

Publié par dylanesque

Lundi 8 février 2010 à 0:00

Toujours la même rengaine. Oh, 2010, tu commences à me gaver. J'ai une grosse envie de claquer la porte. Je ne rejette pas la faute sur les autres, je ne me cherche pas d'excuses, mais franchement, ça va pas du tout. Grosse fatigue, coup de vieux, je sais pas. Il y a trop de choses, trop de choses, il y a trop de gens. Pas assez de temps. Je suis pas seul à être dans la merde, mais je suis tout seul dans ma merde. Des erreurs que j'ai faites, des choses que je contrôlent pas, et un mauvais pressentiment, comme si ça ne se terminera jamais. Des chaînes de tous les côtés, des obligations, des engagements et un tas de nuages à l'horizon. Alors parfois, je retrouve le sourire, je suis optimiste. Je pense à l'avenir, je me dis que de belles choses m'attendent, que je suis capable de m'accomplir, au final, plus tard, quand il fera beau, quand tout ira mieux, au printemps, l'été prochain, oh oui, tout ira mieux. Et puis la pluie retombe. Tout est gris. Des gens meurent autour de moi. Des gens ont des problèmes, et je suis impuissant. Je perds mon temps et j'accumule un gros tas de merde dans un coin de mon esprit. Alors j'écris, j'écris. Et ce doit être fatiguant pour vous de lire tout ça, comme si vous tombiez par hasard sur le journal intime d'une adolescente qui se plaint tout le temps. Veuillez me pardonner. 

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Dimanche soir. Je me repose. C'est devenu tellement rare ces moments de calme, où je peux écrire, et projeter ma mélancolie dans de jolies chansons, triste comme il faut, pleines de larmes et d'histoires tragiques. Ma période Dylan et rien que Dylan s'est achevé pour le moment, elle reviendra. Pour le moment, je découvre, je reviens à d'autres vieux compagnons. Mick Jagger et sa clique sont de la partie ce soir, et je me réecoute toutes leurs ballades, leurs slows, de "As Tear Goes By" à "Wild Horses", en passant par quelques perles dissumulés sur leur album les plus médiocres, comme ce "Memory Motel" long de sept minutes, ou la dégoulinante "Till the Next Goodbye". Karen Dalton regarde timidement le spectacle, Tom Rush chatouille sa guitare dans un coin de la pièce, tandis que Phil Ochs fixe le ciel à travers la fenêtre. Tout le monde est venu me réconforter, ça fait chaud au coeur. Mais demain, ils ont auront tous disparu et il faudra recommencer, se forcer, affronter le froid et la pluie, trouver le courage, remettre à plus tard, la joie, la légereté, le bonheur. 

Bonne nuit. 

Publié par dylanesque

Vendredi 5 février 2010 à 21:07

Insomnies. 
Un mois que ça m'a pris. 
De la musique de nuit. 
Des berçeuses, en voilà. 
Suite à une commande de Jeanne, une nouvelle fois. 
Treize chansons pas soporifiques mais tellement douces, tendres et apaisés.
Treize chansons qui vous améneront paisiblement dans les bras de Morphée. 
Bonne nuit. 

1) Oh! Sweet Nothing (The Velvet Underground)
2) Don't You Cry (Richard Hawley)
3) When It's Sleepy Time Down South (Louis Armstrong)
4) Lullaby (Loudon Wainwright III)
5) A Song for You (Gram Parsons)
6) Asleep On a Sixpence (Isobel Campbell & Mark Lanegan)
7) Blue Moon (Elvis Presley)
8) Goodbye (Archive)
9) Snowy (Josh Rouse)
10) Bad Dreams (Damien Jurado)
11) For the Night (Herman Düne)
12) The Rollercoaster Ride (Belle & Sebastian)
13) Good Night (The Beatles)

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Publié par dylanesque

Jeudi 4 février 2010 à 16:43

Février, et le soleil serait presque de retour. 
Oh, je me contente de peu.
Je positivise, j'évite la rechute.
Hier, j'ai reçu les résultats de mes examens. 
J'ai demandé à ma prof titulaire combien j'avais de points à rattraper. 
Elle m'a répondu que c'était "incalculable". 
J'avais presque envie de rire. 

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Avoir un job d'étudiant c'est bien.
Surtout dans un lycée où tu surveilles des récréations et des devoirs, en jouant les grands frères. 
Avec mon argent de poche, j'ai pu acheter quelques CD. 
Dans les bacs à soldes de la Fnac, j'ai trouvé un best of de Leonard Cohen, "Closer" de Joy Division, "Village Green" des Kinks et le live à St Quentin de Johnny Cash. Ca m'a redonné le sourire. Et avec la monnaie, j'ai eu un pain au chocolat et un bon stock de cigarettes. 
Travailler plus pour fumer plus. Et pour écouter de la jolie musique. 

Tiens, en parlant de musique, j'ai encore une playlist à vous proposer. Deux à vrai dire. Ca faisait longtemps, non ?
Ce sont des commandes de Jeanne, dont l'excellent blog est toujours dans ma boite à liens, à droite de votre écran. 
La première, elle sera consacrée au cinéma. La seconde, à mes plus belles berçeuses (et ce sera pour l'article suivant). 

Ma playlist comme au cinéma donc.
Douze chansons extraites de bande originale, dix chansons qui rythment mes films favoris. 
Commentés à la hâte avec le plus grand soin, vous vous en doutez. 
De Wes Anderson à Michel Gondry, en passant par Sam Peckinpah. 
Tout ou presque est trouvable sur Spotify et ça vous économisera une place de ciné. 
Sinon, jetez vous sur le dernier film des frères Cohen, et ne manquez pas "Fantastic Mr.Fox" le 14 février !

Une playslit comme un film sorti de mon esprit. 
Avec tout les clichés du genre, avec de la poésie digne de Florent Pagny.
Imaginez. 

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1) "Main Title Theme Billy" (Bob Dylan)
Bande originale de "Pat Garret & Billy the Kid", un film de Sam Peckinpah (1973)
Ouverture en fondu. Plan d'ensemble sur des plaines ensoleillés, au Mexique. 
Doux accords de guitare, un léger vent dans les cheveux du cowboy, qui erre dans le désert. 
Poursuivi le bandit. Qui fuit. À la recherche de senoritas et de jours meilleurs, sous le soleil d'El Paso. 

2) These Days (Nico)
Bande originale de "The Royal Tenenbaums"  un film de Wes Anderson (2001)
Elle sort du cinéma, il neige. 
Elle avait besoin de se changer les idées. 
C'est que rien ne va plus ces jours-ci. 
C'est qu'elle est fragile, Margot. 
Le coeur brisé, les yeux encore tout éblouis, elle monte dans un taxi.
Et s'enfuit, elle aussi. Comme Billy. 
C'est vraiment pas son jour, aujourd'hui.

3) Yegelle Tezeta (Mulatu Astatke)
Bande originale de "Broken Flowers" un film de Jim Jarmusch (2005)
La nuit tombe. Et les rues de New York se réveillent.
Margot est à l'abri, à l'intérieur du taxi. 
Pourtant elle a peur, peur de tous ces gens autour qui s'agitent. 
Dans sa vie, dans le taxi, tout va trop vite. 
Les passants passent, et Margot s'ennuie. 
Elle soupire, et regarde la vie défiler. 
À travers la vitre du taxi. 

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4) Us (Regina Specktor) 
Bande originale de "500 Days of Summer" un film de Marc Webb (2009)
Margot, le taxi, la nuit.  
Elle fuit, elle cherche l'oubli.
Mais tout ce à quoi elle pense, c'est lui. 
Charlie. 
Elle et lui. 
Elle repense à leurs nuits. 
Elle repense à leur histoire. 
Charlie lui fait broyer du noir. 
Elle repense à ces comédies romantiques qu'ils regardaient enlacés. 
Elle repense à l'été dernier. 
Margot, le taxi, la nuit. 
Et les souvenirs de Charlie. 
Sous la neige, ensevelis. 

5) Queen Bitch (David Bowie)
Bande originale de "The Life Aquatic" un film de Wes Anderson (2004)
Elle sort du taxi. 
Elle crie. 
J'emmerde la neige. 
J'emmerde la nuit, j'emmerde Charlie. 
Elle entre dans un club et commande un whisky. 
Boit. Danse. Boit. 
Elle flirte avec un type. 
Elle monte sur une table. 
Elle boit, elle danse, elle boit. 
Elle s'agite. 
Ivre. 

6) Stéphane Visite Appart' / Rêve Patrick Dewaere (Jean-Michel Bernard)
Bande originale de "La Science des Rêves" un film de Michel Gondry (2006)
Mauvais rêves, mauvaise nuit.
Je me réveille, je ne sais plus qui je suis. 
Je ne sais pas où je suis, je suis loin de lui. 
Mauvais rêves, nuit sans étoiles. 
Le soleil passe à travers des rideaux de voiles. 
Ce n'est qu'un cauchemar.
Il faut trouver la porte, et sortir.

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7) Guitar Solo #1 / Organ Solo (Neil Young)
Bande originale de "Dead Man", un film de Jim Jarmusch (1995)
Fuir la ville, pour de bon. 
Monter dans le premier train. 
Traverser la campagne.
Courir. 
Margot, les jambes à son cou.
Qui échoue dans un bois paisible. 
S'allonge sur l'herbe. 
Et pleure.

8) The Heart Asks Pleasure First/The Promise (Michael Nyman)
Bande originale de "La Leçon de Piano" un film de Jane Campion (1993)
Elle pleure. 
Dans l'herbe. 
Elle pleure, Margot.

9) Theme / Elephant Parade (Jon Brion)
Bande originale d'"Eternal Sunshine of the Spotless Mind" un film de Michel Gondry (2004)
Le soleil à travers les arbres. 
La rosée sur l'herbe. 
La forêt qui s'anime.
Margot se lève. 
Margot sourit. 
Le printemps est revenu. 
Peut-être que lui aussi.

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10) Ashley / Leaving Home (Yo La Tengo)
Bande originale d'"Old Joy" un film de Kelly Reichardt (2006)
Une fin d'après-midi.
Près de Charlie.
Il est chez lui. 
Margot approche, elle sourit.
Il semble heureux.
Charlie est heureux.

11) Lullaby (Loudon Wainwright) / Street Hassle (Lou Reed)
Bande originale de "The Squid & The Whale" de Noah Baumbach (2005)
Charlie.
Margot sourit.
Et si ?
Dans ses bras.
Avec lui, pour la vie. 
Et si ?
Margot sourit.
Charlie.
 
12) Old Friends / Bookends (Simon & Garfunkel)
Bande originale de ma vie
Et puis... 
Non, tout est fini. 
Charlie est heureux.
C'était bien tout les deux. 
Mais c'est fini. 
Margot sourit. 
Tout ira bien. 
Elle s'en va, elle connaît le chemin.
Son visage est serein. 
Tout ira bien, tout va bien. 

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Voilà, c'était mon drame romantique en musique, fleur bleu, délicieux. 
J'aurais pu remplacer toutes ces chansons par l'intégralité de l'album "The First Day of Spring" de Noah & The Whale.
Cela dit. 

Pour d'autres délires mélodramatiques, je vous conseille mon groupe, les Dooshbags. 
Avec Romain, mon guitariste talentueux, on a gravé une poignée de conneries sur un magnéto.
Et ça donne ça :
http://www.myspace.com/thedooshbags

Ah oui et j'ai eu un beau carnet où je pourrais noter plein de choses dessus. Et faire des dessins. Merci ! 
Je repasserais vous dire bonne nuit les amis...

Publié par dylanesque

Dimanche 31 janvier 2010 à 22:22

Desire.
Objectivement, c’est un bon album.
Moi, j’aime dire que c’est un grand Dylan.
Objectivement, il est inégal.
Moi, je le trouve parfait.
Pas facile de l’évoquer.
Va falloir que je vous parle de moi.
Et que j’aille puiser dans mes souvenirs.

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Je reprends l’histoire là où je l’avais laissé.
« No Direction Home », la découverte.
La Bretagne, « Highway 61 Revisited ».
Et puis à la rentrée, je vais prêcher la bonne parole à mes amis.
C’est là que commence la manie que j’ai à tout rapporter à Dylan.
Par chance, l’un d’entre eux semble plutôt intéressé. Il me dit ne pas connaitre grand-chose au Zim, mais que ses parents possèdent un disque qui l’a toujours envouté : « Desire ».
Tiens, connais pas. Moi je me suis arrêté à 1966. À l’accident de moto. Il y a une vie après « Blonde On Blonde ». Généreux, ce pote accepte de me prêter l’album.
Qui va m’accompagner pendant un week-end de septembre. Et ne plus jamais me lâcher.
Bon je lui ai rendu, mais j’ai aussitôt acheté le CD.

Avant de découvrir les merveilles du Dylan seventies, je suis resté bloqué sur « Desire », pendant de longs mois, ne pouvant me séparer de mon trésor.
Je suis tombé amoureux du Dylan gitan, de cette période sombre, où en plein divorce il noyait son chagrin dans l’alcool, de cette tournée colorée où il se peignait la gueule en blanc. Réunissait une joyeuse troupe et animait son cirque ambulant avec fureur.
Si « Desire » est si particulier, c’est qu’il dégage une atmosphère unique dans la discographie de Dylan. On y trouve des violons, des plumes, de drôle de chapeaux, des parfums nouveaux, de l’encens, et le roi des gitans qui trône fièrement sur l’étrange pochette.

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« Hurricane » donne le ton. Des violons trouvent un chemin dans l’obscurité, tourbillonnent doucement puis accélèrent, bientôt rejoint par la batterie et par une avalanche de mots. Dylan revisite l’histoire de Rubin Carter, injustement mis sous les barreaux, il nous balance une protest-song d’un nouveau genre, longue de huit minutes, qui déroulent les faits, pointe du doigt les faiblesses de la loi, il donne vie à une galerie de protagonistes dont les noms résonnent, et signe la plus entêtante de ses compositions, un nouveau classique, sincère ou pas, on s’en fout, l’important n’est pas là. Puisqu’on est envouté, on entre dans le chapiteau, on est le bienvenue chez les gitans.

« Isis » frappe encore plus fort, et le phrasé de Dylan fait des merveilles sur cette histoire de mariage gitan, de déesse égyptienne, encore un long morceau qui titube sans jamais tomber, sans jamais lasser. Une chanson d’amour fantasmée, une ritournelle enfumée. Qui se termine par un voyage au « Mozambique » plein d’exotisme et de douceur, oh que j’aime la batterie sur cet album !

Puis vient le duo « One More Cup of Coffee/Oh Sister ». Je dis le duo car il m’est impossible de les savourer séparément. Deux complaintes qui me font trembler. Elles sont belles à pleurer. La première, avec son intro qui nous propulse au sommet d’une colline, qui nous prend dans la main et nous fait entrer dans la cabane d’une belle gitane. Son père est un hors la loi, sa sœur voit le futur, et on ne peut plus la quitter cette femme mystérieuse, qui fait brûler de l’encens et agite ses colliers, ses perles. Les violons ont cessés de tourbillonner, ils se font l’écho d’une profonde mélancolie. On suit la belle gitane sur la plage et l’on marche au bord des vagues. « Oh Sister » nous emporte, nous ferait presque croire en Dieu, allumer un cierge dans le sable et faire l’amour au crépuscule, bercé par l’océan.

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Sur cette même plage, au coin du feu, la communauté est réunie pour entendre l’histoire de Joey, le bandit. Qui a ouvert les yeux au son d’un accordéon. Qui est en vrai une ordure de la pire espèce mais qui se transforme ici en antihéros attachant. Onze minutes emplies de lyrisme, où la voix de Dylan mêlée à la batterie est une fois de plus hypnotisante. Et tout le monde reprend en chœur le nom du roi des rues, de l’enfant d’argile, alors qu’un doux soleil se lève à l’horizon.

On retrouve alors la belle gitane et on lui fait la cour. Sur un air de tango, « Romance in Durango ». Les chevaux dansent sur la plage, sa robe ondule sous le soleil ardent, et on la suit jusqu’au Mexique, aveuglé par tant de beauté. Elle se cache derrière les ruines Aztèques, elle fait sonner les cloches du village et elle s’enfuit dans le désert. On est perdu, quelque part en Amérique Latine, la guitare en bandoulière, un gitan solitaire. Au loin, la batterie résonne, en sourdine, puis monte crescendo et l’on monte à cheval, pour partir à sa recherche. Un voyage épique, où l’on traverse les Alpes, la Méditerranée, pour atterrir en Grèce et s’échouer sur une plage abandonnée. Loin de la communauté, loin de chez soi, loin d’elle. Le feu est éteint, il ne reste plus qu’une sombre fumée. Et l’on pleure, sous la lune de « Black Diamond Bay ».

Allongé sur une dune, ivre, bouleversé, en larmes. Tu es seul, maintenant, comment tu te sens ? Tapes du poing dans le sable, hurles son nom à la Lune. Un violon t’accompagne, enveloppe ta douleur. Tu gueules son nom, tu es bouffé par les regrets, tu es une épave qui gît sur le rivage. « Sara », ne me quitte jamais, ne t’en va pas. Le roi des gitans meurt dans un océan de désespoir, noyé dans ses souvenirs.

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Et l’album se termine. Je l’aurais écouté partout, mais rien n’égalera ces moments passé à la campagne, sous la canicule, à le passer en boucle, assis dans l’herbe, tirant des bouffés de joins, seul, le cœur brisé. Les cigarettes qu’on a fumées brûlent encore quelque part dans cet album, mes souvenirs sont vivants et se cachent dans cet album, prêt à resurgir derrière les violons. De toutes les périodes de Dylan, la parenthèse gitane est la plus envoutante. Et « Desire » figure dans mon classement des intouchables, au même rang que la trilogie acoustique, que la trilogie électrique, que « Nashville Skyline » et « Blood on the Tracks ».
C’est un monstre de désespoir boursouflé, grandiloquent, et traversé par une douce folie.
Je ne m’en séparerais jamais.
 

Publié par dylanesque

Dimanche 31 janvier 2010 à 20:55

Rien de mieux qu'un peu de neige et une galette frangipane pour me remonter le moral, un dimanche soir hivernale. 
Et puis ce blog, qu'il faut bien entretenir. 
Merci pour vos propositions, je récapitule : Arcade Fire, Tom Waits et les bouquins. Des thèmes sympathiques, j'en prends note. 
Laissez moi cogitez un peu. Je préfère juste vous prévenir : Dylan passe avant tout et j'ai encore quelques albums à chroniquer. 
Une obsession, faut s'en occuper, faut la chérir, sinon ça fâne. Alors vous allez en bouffez encore un peu du Bob, les amis !

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Bon, je prends pas la parole pour rien non plus. Car voici une liste de liens, allez y faire un tour, je suis de bon conseil.
La plupart d'entre eux sont déjà dans ma boite à liens, à droite de l'écran. 

Alors, on commence par une vieille connaissance, un fantôme qui hante la blogosphère depuis un moment déjà. 
Chloé a peut-être disparu pour le moment, mais son vomi est resté collé aux pages de son blog hypnotisant. 
Je lui passe le bonjour, j'espère qu'elle traine toujours dans le coin.
http://walkoverlondon.cowblog.fr/

Un (vieux) monsieur avec une mémoire et un coeur gros comme ça. 
Qui ouvre les portes de sa discothèques et de ses états d'âmes à tous les égarés. 
Je suis tombé dessus par hasard et j'ai trouvé de la pure mélancolie, et tout un tas de découvertes.
Et surtout, une bien belle plume.
http://kmskma.free.fr/

En plus de partager le même design, LondonDay et moi avons plein de points communs. 
Un blog pour ceux qui aiment les bons mots, les coups de gueule et la poésie.
http://londonday.cowblog.fr/

Jeanne, c'est quelqu'un de bien. 
Quelqu'un qui écrit bien et qui surtout, ne se prend pas au sérieux.
Du coup on rigole bien sur son blog, mais c'est pas tout.
Non, il y a aussi un design fabuleux, des chatons rigolos, des odes à Keats et des conneries sur la vie étudiante.
Jeanne, elle étudie à Angers et elle tient mon blog favori. 
http://takeyouonacruise.cowblog.fr/

C'est toujours avec joie que je découvre les doux commentaires de Pelote.
Pelote qui tient un blog attachant et qui est sympa comme tout.
De la poésie aussi, et surtout, un univers dont ne sort pas indemne.
Je vous aurais prévenu...
http://peloton.cowblog.fr/

K., un ami qui dessine. 
Toujours un plaisir de se perdre dans sa galerie de l'absurde.
Vous en ressortirez avec des étincelles dans les yeux.
http://arvagna.blogspot.com/

Et pour finir, une nouvelle venue. 
Mon double féminin. 
Qui a surgi sur mon blog pas plus tard qu'aujourd'hui !
Et qui aime Dylan presque autant que moi !
Je sens qu'on la reverra dans le coin...
En attendant, allez dégustez son blog.
Parfait.
http://cocaine-blues.cowblog.fr/

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Ne me remerciez pas, écrivez plus. 
Allez, j'en profite pour vous refourguez mes jolis photos de Dylan. 
Et je retourne l'écouter et vous préparer de nouvelles chroniques. 
On ne me changera pas...

Publié par dylanesque

Dimanche 31 janvier 2010 à 17:48

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C'est l'hiver 68 et il fait froid. On cicatrise, on se fait tout petit. Un chapeau visé sur la tête, une vie bien rangée avec femmes et enfants à la campagne. Le monde peut s'écrouler tout autour, peu importe, laissons aux autres le soin de ranger ce grand bordel à coups de rock'n roll et de psychédélisme complaisant. Car ici, tout est calme et on s'ennuie. Qu'est ce que ça fait du bien de s'ennuyez après des années de dur labeur, de tournées sans fin, la drogue comme seul refuge. Maintenant, place à la désintoxication. Et pour décrocher, rien de mieux qu'une bande de potes, une vie simple et reculée, et puis bien sûr, de la musique.

Alors pour s'abriter du froid, pour faire passer le temps et s'isoler d'un monde qui devient fou, on se retrouve dans la cave avec une joyeuse bande de musiciens, quelques bouteilles, des chansons qui parlent de tout et de rien. On rigole, on ne se prend pas au sérieux et on enregistre tout ce qui passe par la tête. Des personnages prennent vie, un grand carnaval prend forme dans les souterrains de la maison rose. L'orchestre titube, fanfaronne et on l'entend à peine résonner dans les bois de Woodstock. C'est tour à tour dépouillé, chaleureux, bluesy, plus authentique que jamais. Plus de 150 ritournelles sont gravés sur un vieux magnéto, 150 chansons où l'on revisite le Nouveau Testament, les légendes de l'Ouest, où l'on parcoure l'Amérique et ses fantômes, jusqu'au Mexique. "Going to Acapulco", "Tears of Rage", "You Ain't Goin' Nowhere", "This Wheel's On Fire"... Une œuvre étourdissante, un bâteau ivre qui ne chavire à aucun moment.

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Il y a de la magie dans l'air, un aspect mythique dans ce rocambolesque témoignage improvisé, dans ces "Basement Tapes" qui n'appartiennent à personne, qui sont d'un autre temps. Et qui ramène les pieds sur terre une bonne partie de la scène musical, qui s'égare. Un secret bien gardé qui ne verra officiellement le jour que la décennie suivante, mais qui restera à jamais le plus beau des mystères. Dylan et le Band frappent une nouvelle fois, et rien n'avait jamais sonné de cette manière.

Publié par dylanesque

Samedi 30 janvier 2010 à 23:17

Bilan du mois, bilan d’un moi, bilan du froid.


2010 n’a pas commencé dans la joie et la bonne humeur. Les mauvaises nouvelles n’ont cessé de tomber, s’effaçant les unes derrières les autres, prêtes à revenir nous hanter un de ces jours. Vu la mort de Super Nanny sur la couv’ du canard régionale alors que le séisme d’Haïti tenait sur une ligne, en bas de page. Vu que la grippe A c’était pas loin de la grosse blague. N’a pas vu arriver un hiver glacial qui a encore des jours gris et pluvieux devant lui.

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Alors l’hibernation. L’absentéisme aux examens. J’ai trouvé refuge dans mes vieux disques. De bons compagnons qui m’ont tenu chaud et ont gardé mon esprit éveillé. Ils m’ont permis de continuer à écrire, parce que parfois, c’est la seule chose qui fait du bien, vomir sur le papier, « Sad-Eyed Lady of the Lowlands » en boucle, ses douze minutes de tristesse allant se tapir dans tous les recoins de mon appartement d’étudiant. Où tout prend la poussière.


Des sourires quand même. Les responsables se reconnaitront. Merci, c’était chouette. Se dire tout les jours que « vivement le printemps », « vivement plus tard » et voir des regrets frapper à la porte quand on s’y attend plus, quand on croyait avoir tourné le dos à tout ça. S’enfermer dans une indifférence qui vous rend con, antipathique, seul.


Je me suis plongé dans l’œuvre de Dylan de tout mon cœur, et je n’en dors plus la nuit. Je n’écoute que ça, c’est ce qui me guide, ces chansons qui me prennent par la main et m’aident à affronter le froid. Alors parfois il faut savoir sortir la tête de l’eau, mais la rechute n’est jamais loin. C’est beau et effrayant à la fois, c’est un amour, c’est une passion. Je crois avoir trouvé ma voie à travers tout ça, mais je ne sais pas par où commencer. Je ne sais même pas si  j’en suis capable. Seule certitude : je ne veux plus aller à l’école.

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C’était ça janvier. C’était pas toujours la joie, mais c’est comme ça, et il faut l’accepter. Il faut se forcer parfois. Alors je vais me forcer. Je vais rester. Et partir quand je serais prêt et que les beaux jours reviendront.


P.S. : Il faut que j’écrive, sinon je culpabilise, je me ronge les ongles. Alors pour évitez que je ne vous parle que de moi, que de Dylan, donnez moi un thème. Une phrase, quelqu’un, quelque chose, un début, une piste pour écrire. Je vous en serais reconnaissant.


Tiens, c’est la pleine Lune, je vais la savourer le temps d’une cigarette…
Rendez-vous en février.

Publié par dylanesque

Dimanche 24 janvier 2010 à 20:36

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Il y a trois manières, à mon sens, d’envisager « Selfportrait », l’un des albums les plus décriés du Zim, publié en 1970 : 1) S’exclamer qu’il s’agit d’une sombre merde, à la manière de Greil Marcus, le trouver aussi ignoble et idiot que sa pochette, le jeter aux ordures sans même l’avoir réécouté.
2) Avoir un peu plus de recul et se dire que oui, c’est pas terrible, mais que Dylan l’a fait exprès, qu’il a compilé ces chutes de studio pour dérouter une fois de plus son public et s’affirmer comme un artiste qui s’interdit de donner à ses fans ce qu’ils attendent.
3) Aimer ce disque pour ce qu’il est : une adorable collection de vignettes country, inoffensifs et agréables, à déguster au premier ou au second degré selon l’humeur. Moins bon que « Nashville Skyline », meilleur que « Dylan ». Moi c’est comme ça que je conçois « Selfportrait ». Et c’est pour ça que je me sens un peu obligé de le réhabiliter.

Oui, la pochette est moche. Dylan n’a jamais été doué pour la peinture, on le sait. Cependant, elle illustre bien ce que je pense de l’album : déroutant au premier abord, mais touchant de simplicité et vraiment attachant à la longue. Alors il faut aimer la voix country de Bobby. Il faut savoir apprécier la variété et les chœurs guimauve qui enrobent ces compositions réalisés à la va-vite, ses reprises chevrotantes, ses morceaux live bâclés. Moi je trouve beaucoup de charme à ce double album qu’il faut savoir déguster à petites doses, au bon moment. Un froid après-midi d’hiver. Une paisible soirée d’été à la campagne. En regardant la pluie tomber.

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« All the Tired Horses » et ses deux lignes répétées à l’infini par deux choristes en roue libre et de petits arrangements charmants comme tout, c’est rentrer à la maison, se vider l’esprit et se lancer dans une heure de décontraction en compagnie de l’ami Bobby. Pas de classiques, pas de bons mots, pas de révolution, rien que du mielleux, pas toujours très bien produites, pas toujours très bien chantés. Parfois, c’est même tellement faux que c’en est rigolo. Et moi je les adore tout ces défauts, c’est une autre facette de Dylan qui me séduit beaucoup. Faut voir sa gueule dans le livret, en train de se promener dans les champs, de nourrir les poules. Il a l’air heureux, il a pas envie de s’emmerder à nous pondre un énième chef d’œuvre. Qu’on lui foute la paix, la magie reviendra. Pour l’instant, savourons une petite pause sans prétention, délicieusement foutraque. Calculée peut-être, mais ça on s’en fout.

Une joyeuse bande accompagne le Zim dans son long égarement, du Band au fidèle producteur Bob Johnston, et on le laisse faire et tout va pour le mieux. Moi j’adore ce « Early Morning Rain » emprunté à Gordon Lightfoot, avec son harmonica champêtre, ses paroles un peu couillonnes et sa douce mélodie. « Days of 49 » est peut-être le morceau le plus réussi de l’album et la reprise de « Blue Moon » est du miel pour les oreilles. On retrouve aussi « Like a Rolling Stone » et « She Belongs to Me » dans leurs versions live à l’île de Wight, des versions assez risibles mais qu’on ne peut s’empêcher de siffloter gaiement. « Take a Message to Mary » aurait très bien pu figurer sur « Nashville Skyline », tout comme la rengaine « Alberta » qu’on retrouve au début et à la fin. Et puis j’aimerais dire un mot sur « Wigwam », chanson la plus méprisée de Dylan, peut-être même pas une chanson. Bah non, c’est juste un type qui fredonne bêtement, sur un air de guitare chevrotant. Pourtant je l’adore cet air stupide, et je le sifflote moi aussi, comme un gamin. Ouais, Dylan régresse, s’amuse, prend du bon temps et bien qu’il se foute un peu de notre gueule, il le fait pas méchamment.

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Alors savourons cet album, aimons le pour ce qu’il est, et très vite il deviendra un bon compagnon. Loin d’être une merde, c’est tout simplement un petit disque de country adorable, qui souffre surtout de débarquer après une décennie de chef d’œuvres, et qui forcément déçoit, rebute même. Avec le recul, il faut savoir relativiser, ne pas crier à l’arnaque, ne pas se poser trop de questions. Si l’on aime le genre, si l’on supporte la voix, on aimera « Selfportrait », et le vilain petit canard deviendra incroyablement attachant.
 

Publié par dylanesque

Samedi 23 janvier 2010 à 23:18

C’est peut-être une mauvaise habitude, mais je ne vois pas comment vous parler de cet album sans vous parler de moi. C’est impossible pour moi d’être objectif et de faire abstraction de mes souvenirs pour évoquer Dylan en général. Mais là, je crois bien que c’est pire. Puisque c’est le premier, le disque fondateur, celui qui a non seulement changé mon horizon musical, mais aussi personnel.

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Pas la peine de faire de grands discours, de disséquer les textes, d’analyser l’histoire et le son du disque, non, c’est déjà fait, ça sert à rien. Je pourrais me lancer dans une longue chronique, ne rien oublier. Mais je manque de mots, je manque de recul aussi. Alors je vais me contenter en quelques lignes, si vous le voulez bien, d’effleurer la solide relation qui me lie à ce monument, je vais vous expliquer sans détachement pourquoi « Highway 61 Revisited » est mon album favori. Pas mon album favori de Dylan. Mon album favori, point.

C’est une histoire de hasard. Une rencontre. Comme il y en a eu beaucoup cet été là. En 2006, à l’aube de mes seize piges. Kerouac d’abord. Rimbaud ensuite. Et puis ce soir là, Dylan. La suite logique. Pas cliché, mais presque. C’est donc par hasard que ce soir là, enfin cette nuit-là, je suis déjà bien fatigué, je pose mon cul devant la télé, et qu’un gringalet chevelu vient me foutre une claque à la gueule alors que je commençais à roupiller. « How does it feeeeel ? » Et Dylan fait irruption dans ma vie. Il crève l’écran et me fait signe. Je prends pas la peine de plonger le nez dans mon programme télé, je suis hypnotisé. Les images défilent à toutes allures, des noms et de vieilles chansons dans tous les sens, l’histoire d’un pays et de son folkore est revisité et j’enregistre tout ça en me disant, ouais, voilà, c’est ce qu’il me manquait, c’est ce que je veux écouter, c’est de là que ça vient, ouais, c’est parfait, je peux pas passer à côté, c’est beau. Et surtout, il y a ce type, Bob Dylan, dont j’avais déjà croisé le nom, mais pas les chansons. Alors il chante, enfin il marmonne, il beugle, il tire la gueule, il est plein de malice et d’esprit, il sait viser juste, taper là où ça fait mal, le sens de la formule, c’est un poète, un gars qui a du style, un putain de charisme, je veux être lui. Tout ça s’entrechoque dans mon esprit d’adolescent en quête de modèles, d’influences. C’est magique. Je suis sous le charme. Je ne comprends pas tout, mais je ne perds pas une miette de « No Direction Home », sans savoir de quoi il s’agit. Je me persuade que ce Dylan est mort, que ce documentaire raconte ses dernières heures, sa dernière tournée. Mais alors c’est qui celui-là, le vieux, qui lui ressemble drôlement ? C’est étrange mais fascinant. C’est Dylan. Il n’est pas mort et je ne vais pas tarder à m’en rendre compte. Je ne vais pas tarder à en savoir plus. Mais pour l’instant, je m’enfile les trois heures du film, je lutte pour suivre les aventures de Dylan, de la jeunesse à Duluth jusqu’à la tournée infernale de 1966. Et ça me parle, ça me bouleverse de le voir tout seul, dans un rayon de lumière, appeler l’homme au tambourin et souffler dans son harmonica. De le voir combattre des moulins avec sa guitare et des torrents de mots qu’il vomit sur son public. « How does it feeel ? ». Bouleversant ouais…

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Mais pas autant que la semaine suivante, quand lorsqu’un séjour en Bretagne (oui, celui qui a été le tournant de ma jeune vie, vous vous souvenez ?), je cours à la Fnac de Lorient pour m’acheter le premier album de Dylan qui me tombe sous la main. Parce que les images du documentaire m’obsède, me hantent la nuit et que j’ai gardé ces drôles de chansons en tête. Et celui qui me tombe sous la main, dans un bac à soldes, c’est « Highway 61 Revisited ». Ca aurait pu être un autre, ça aurait pareil (m’enfin avec « Down in the Groove », pas certain). Je le retrouve Dylan, avec son air arrogant sur la pochette, l’air de dire « tiens te revoilà toi, et bah écoute ça mon petit… ».

Alors j’écoute. J’enfile la galette dans mon baladeur et j’écoute. Mais une fois passé la folie qui m’empare avec « Like a Rolling Stone », je suis un peu déçu. Le reste est encore trop dense, trop bavard pour mes jeunes oreilles, je n’accroche pas, ce n’est pas immédiat. Je m’ennuie un peu et je me dis que je ne mérite pas cette musique, que je ne suis pas capable d’apprécier. Le disque se repose quelques jours dans le lecteur, et Dylan continue de me défier, de loin.

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Faudra attendre le 10 août, jour de mon anniversaire. Je vous avait raconté comment ce jour là, j’avais décidé sur un coup de tête de passer ma journée sur la route, pour la première fois, pour voir comment c’est d’être comme une pierre qui roule. Une journée, c’est peu, mais à l’époque, c’était déjà beaucoup et ça m’a fait un bien fou de me retrouver seul, sans direction, à jouer le vagabond du bac à sable. Je vous ai raconté comment Phoenix a accompagné mon périple. Et bien « Highway 61 » aussi. « Highway 61 » surtout. C’est d’une ampleur bien plus énorme que cette découverte. Plus énorme que les Strokes ou que les Beatles pour un gamin comme moi. C’est décisif et ça se passe ce jour-là entre Plouharnel et Carnac.

L’album, je l’avais surtout embarqué pour pouvoir écouter « Like a Rolling Stone » jusqu’à plus soif, jusqu’à le connaitre par cœur et sentir me pousser des ailes en gambadant au son du titre qui allait devenir et est toujours, la chanson la plus puissante, la plus évocatrice que je connaisse, celle que j’ai le plus écouté. Partout, n’importe comment, n’importe quand, il suffit que j’entende la détonation du début pour que mon cœur se serre et que je me retrouve propulsé dans ce torrent infatigable qui m’est si cher, si familier. Je marche ce jour-là et je l’écoute, je l’écoute, jusqu’à plus soif, jusqu’à oublier de la remettre au début et de donner, malgré moi, une deuxième chance au reste de l’album, jusque là  obscur et inaccessible.

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Et par miracle, voilà que ces chansons se battent pour me convaincre, me rentrer dans la peau, m’appartenir. Voilà qu’au bout de plusieurs écoutes, je marmonne le blues grande vitesse de Tombstone, j’interpelle Mister Jones en remuant les doigts sur un orgue invisible, je fais à la cour à Jane et je me promène sur l’Allée de la Désolation. J'avais jamais entendu une chanson aussi longue, la poésie ne m'avait semblé aussi puissante que lors de cette escapade hypnotisante, aux milles images, aux milles personnages. J’apprends à apprivoiser « From a Buick 6 » et son son strident, ses guitares qui ne caressent pas dans le sens du poil, mais qui dérangent, avec cette voix qui ne chante pas mais vous gueule dessus, vous appelle, comme sur le documentaire de Scorcese. Je déambule dans les patelins les plus paumés en essayant de déchiffrer ces textes, en m’imprégnant de tout ça, du blues de Tom Thumb. Le disque passe en boucle et je suis déstabilisé à chaque écoute, tout en me sentant de plus en plus attaché à Dylan et sa galerie de personnages, d’Ophélia et son corset de fer à la douce Melinda. Ce phrasé, cette manière de balancer les mots avec un mélange d’intensité et de nonchalance me donne des frissons, « she speaks good english and she invites you up into her room », « he looked so immaculately frightful as he bummed out a cigarette », et j’en passe. J’apprends des mots, je deviens grand.

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Finalement, parler de ce disque m’a fallu plus de temps que je ne l’aurais imaginé. Mais si je vous parle de ma vie, de mon insignifiant voyage de gosse, de ma sensibilité à fleur de peau, si je vous rabâche toujours la même chose, c’est qu’encore aujourd’hui, la magie n’a pas disparu. C’est que toutes ces émotions ressentis à l’écoute d’ « Highway 61 Revisited », sur les routes bretonnes, sont restés intactes. Et que ce disque est mon album d’île déserte, mon album phare, le seul et unique album. Alors après bien sûr, il y en aura d’autres. Il y aura « Desire », « Blood on the Tracks », « Blonde On Blonde » et tout le reste, et pas que du Dylan bien entendu. Des disques inoubliables, inclassables, gravés en moi, des disques Madeleine de Proust, j’en ai un bon paquet. Mais j’ai surtout celui-ci. La plus belle et la plus intense aventure musical qui me soient tombé dessus. Plus une journée ne se passe depuis sans que Dylan soit dans mes parages. 
 

Publié par dylanesque

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